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Textes réglementaires du Gouverneur Murray

Introduction

La Bibliothèque des livres rares et collections spéciales de l'Université de Montréal a en sa possession un document manuscrit provenant de la Collection Louis-Melzack et se présentant comme les Ordonnances, ordres, reglemens et proclamations durant le gouvernement militaire en Canada, du 28e oct. 1760 au 28e juillet 1764 alors que James Murray était gouverneur militaire du district de Québec. Ce document date bien du 18e siècle mais plusieurs questions subsistent concernant sa création et son parcours jusqu'à nous. Grâce au travail des historiens, les mystères qui entourent ce document seront peut-être éclaircis prochainement… En attendant, la Direction des Bibliothèques vous présente ici les éléments d'informations dont elle dispose sur ce document et vous offre de le consulter dans son intégralité. Bonne exploration!

En 1920, le Garde des Archives Publiques d'Ottawa, Arthur G. Doughty constate : « Apparemment le journal du gouvernement de Québec est irrémédiablement disparu et malheureusement il n'en a été préservé aucune copie »1... Notre Journal de Murray constituerait-il la pièce manquante ?

1. Doughty, Arthur G. Rapport des archives publiques pour l'année 1918 : document parlementaire No 29a. Ottawa : Thomas Mulvey, 1920.

Biographie

James Murray [1721(1722?)-1794]

James Murray Gouverneur de la province de Québec de 1764 à 1766.
Bibliothèque et Archives Canada

James Murray est né le 12 janvier 1721, à Ballercriff (Écosse). Le 6 décembre 1736, à peine sorti de l'école de William Dyce à Selkirk, il entreprend sa carrière militaire. En 1741, il est nommé capitaine du 15e d'infanterie de l'armée britannique. En tant que militaire, il participe à plusieurs conflits, dont la guerre de Sept Ans qui opposa principalement l'Angleterre à la France de 1756 à 1763. En 1758, sous les ordres du général James Wolfe, il participe au siège de Louisbourg. Le 13 septembre de l'année suivante, lors de la bataille des Plaines d'Abraham qui scella le sort de la Nouvelle-France, il commande l'aile gauche de l'armée en formation de combat.

Dans le régime militaire qui suit la Conquête, le Canada est divisé en trois districts (Québec, Montréal, Trois-Rivières); James Murray est nommé gouverneur militaire du district de Québec. Lorsque le gouvernement civil est rétabli en 1764, les trois districts sont réunis pour former la province de Québec et Murray est alors nommé gouverneur de la province, poste qu'il occupera officiellement jusqu'en juin 1766. La période du régime militaire de 1760 à 1764 est celle qui fait l'objet du document que nous vous présentons ici.

Le 28 juin 1766, James Murray doit quitter le Canada, suite à un incident impliquant ses soldats et un commerçant de Montréal, Thomas Walker. Il devra subir un procès en Angleterre, mais sera finalement acquitté. Il reprend sa carrière militaire en Angleterre. En mai 1772, il est nommé lieutenant-général de la 13e infanterie. En 1774, il reçoit une seconde affectation coloniale, cette fois à Minorque comme lieutenant-gouverneur puis comme gouverneur. En février 1783, il est nommé général et honoré du titre de colonel au 21e d'infanterie. Peu de temps après, il se retire dans le Sussex. Il meurt le 18 juin 1794, à Beauport House près de Battle, dans le Sussex.

Source : Service de la gestion des documents et des archives de l'Université de Montréal

Pour une biographie plus détaillée, vous pouvez consulter :
· Dictionnaire Biographique du Canada en ligne
· Free Oxford Dictionary of National Biography

À propos du document

Provenance

Ce précieux document fait partie de la collection Louis-Melzack, laquelle a été acquise par l'Université de Montréal en 1972. Elle comprend plus de quatre mille volumes, de nombreux journaux et plus de mille manuscrits incluant un fonds Witsius Ryland, fameux secrétaire de plusieurs gouverneurs du Bas-Canada entre 1793 et 1811.

Cette collection est de première importance pour les chercheurs en histoire du Canada et du Québec et se trouve répertoriée dans un catalogue imprimé en trois tomes1.

1. Direction des bibliothèques de l'Université de Montréal. Catalogue de la Collection de Canadiana Louis Melzack. Montréal : Université de Montréal, 1988.

Nature

Ce document, communément appelé Journal de Murray est un recueil manuscrit de soixante-neuf feuillets écrits recto-verso. Il contient un ensemble d'ordonnances, de proclamations, de règlements édictés par le gouverneur James Murray durant le Régime militaire (1760-1764).

L'archiviste national canadien Arthur G. Doughty l'indiquait déjà dans son Rapport de 1920 : aucune copie du journal de Québec ne semble avoir été conservée. Ce constat a pu être reconfirmé en janvier 2008 grâce aux recherches effectuées par les archivistes de Bibliothèque et Archives Canada. Par ailleurs, aucune trace d'un document semblable n'a pu être trouvée dans les centres d'archives du Québec.

À l'heure actuelle, on peut donc considérer que ce document est unique au Canada.

Le Rapport Doughty

En 1920 paraît le Rapport des archives publiques pour l'année 1918, rédigé par Arthur G. Doughty, « Garde des archives publiques ».

Il indique en avant-propos du rapport que figurent en appendice « des copies de toutes les ordonnances, de toutes les proclamations et de tous les autres avis publics concernant le Règne militaire qui ont été trouvés, c'est-à-dire, entre la capitulation de Québec, 1759 et l'établissement du gouvernement civil le 10 août 1764; entre les proclamations des gouverneurs publiées depuis l'établissement du gouvernement civil en 1764 et la division de la province de Québec en provinces du Bas-Canada et du Haut-Canada, en 1791»1.

Ce rapport constitue toujours un document de référence pour ce qui a trait à l'inventaire de ces archives du Régime militaire.

Dans cet inventaire, les pièces traitant du gouvernement de Québec sont peu nombreuses (trente en tout) et il s'agit de copies qu'il a été difficile de localiser. À ce sujet Doughty explique en préambule que : « Les bibliothécaires de l'université Laval de Québec et de la bibliothèque des sulpiciens à Montréal ont fait d'actives recherches parmi leurs archives et sont parvenus à découvrir quelques documents […]. Les autres documents transcrits sont des copies transmises par Murray au commandant en chef des armées en Amérique ou au Colonial Office. Quelques uns sont des copies des pièces collectionnées par Murray2».

Ainsi l'étude de l'inventaire du Rapport Doughty permet de faire état de l'absence des pièces émanant du gouvernement de Québec entre le 2 novembre 1760 et le 27 mai 17633.

1. Doughty, Arthur G. Rapport des archives publiques pour l'année 1918 : document parlementaire No 29a. Ottawa : Thomas Mulvey, 1920. Adresse à A.L. Sifton, Secrétaire d'État
2. In Doughty, op. cit., avant-propos à l'Appendice B.
3. In Doughty, op. cit., Appendice B, pp.25-45.

Contenu

Lorsqu'on compare les proclamations du Rapport Doughty avec celles présentes dans notre recueil de textes de Murray, on constate que sur les trente pièces du Rapport Doughty, une seule figure dans notre recueil. Il s'agit d'une proclamation du 31 octobre 1760 qui détermine la manière établie par Murray pour « faire rendre la Justice a ses Nouveaux Sujets1». Cette proclamation ne figure cependant que très partiellement dans notre Journal puisque seuls les deux derniers articles de la proclamation y sont retranscrits. Les termes en diffèrent aussi légèrement d'une version à l'autre.

Les pièces de notre recueil couvrent la période allant du 28 octobre 1760 au 28 juillet 1764. Elles semblent s'adresser principalement aux capitaines de milice dont le rôle consistait à faire respecter les décisions de justice sous le régime anglais.

1. Doughty, Arthur G. Rapport des archives publiques pour l'année 1918 : document parlementaire No 29a. Ottawa : Thomas Mulvey, 1920. p.38.

Le manuscrit

Filigrane

Le filigrane est un motif visible par transparence sur le papier et chaque motif équivaut à la signature personnelle d'un papetier ou d'une dynastie de papetiers. L'identification des filigranes peut être un indice pour les historiens.

Ce filigrane a pu être identifié : il se retrouve sur les papiers nommés « Strasburg Lily »1.

Le décryptage de ce filigrane est relativement simple pour qui s'y connait :
· « 4+ »et « IV » désigne Jean Villedary fils2;
· « LVG » désigne Lubertus van Gerrevinck3.

Jean Villedary fils (1758-1812) est un papetier d'origine française installé en Hollande (Guelderland et Hattem) et qui destine sa production au marché hollandais4.

Quant à Lubertus van Gerrevinck (dynastie de 1690 à 1819), il s'agit d'un papetier allemand dont le moulin « Phoenix » se trouve également en Hollande (Egmond aan den Hoef).

La marque IV accolée à l'acronyme LVG se retrouve sur des papiers produits entre 1736 et 18125. Churchill souligne par ailleurs que les initiales « IV » de Jean Villedary se retrouvent sur un grand nombre de documents imprimés et manuscrits conservés aujourd'hui dans les archives et les bibliothèques publiques d'Angleterre et de Hollande6.

Ceci s'explique aussi par l'utilisation abusive qu'en ont faite plusieurs papetiers après le décès de Villedary tels que James Whatman l'ancien (1702-1759) et Henry Portal7. La marque IV-LVG est en effet synonyme de qualité dans l'Europe entière. C'est pourquoi il n'est pas possible d'attribuer avec certitude ce Strasburg Lily au couple Villedary-van Gerrevinck.

Il est en revanche permis d'affirmer que ce papier date bien du 18e siècle. On peut également affirmer qu'il provient d'une filière anglophone puisque si ce papier est bien du couple Villedary-van Gerrevinck, il provient de Hollande, le pays phare qui alimente l'Angleterre8 et s'il est une contrefaçon, il vient alors directement d'Angleterre, où la marque est abondamment utilisée.

1. Churchill, W.A. Watermarks in Paper in Holland, England, France, etc., in the XVII and XVIII centuries and their interconnection. Amsterdam : Menno Hertzberger & Co, 1967, notice 406, p. 83 et ccci.
2. Wright, Terry. The Life & Works of Marc Catesby, America's First Naturalist/Illustrator. <http://www.jjaudubongallery.com/Catesby%20Bio.htm>. Consulté le 15 juillet 2008.
3. Wright, op. cit. et Churchil, op. cit., p.22.
4. Wright, op. cit. et Churchil, op. cit., p.22.
5. Churchill, op. cit., p.22.
6. Churchill, op. cit., p.21.
7. Gerritsen, Johan. « The Thorkelin Transcripts of Beowulf. A Codological Description, with Notes on their Genesis and History. In The Library, 6th series, vol. XIII, no 1, mars 1991, p.2, note 3 et British Association of Paper Historians. Early Brittania Watermarks. <http://home.earthlink.net/~durisdeer/engraving/id4.html>. Consulté le 15 juillet 2008.
8. Churchill, op. cit., p.9.

Rédacteur

Mais qui a bien pu rédiger ce Journal?

La première idée qui vient en tête est que James Murray est lui-même l'auteur de ce manuscrit. Mais pourquoi l'aurait-il alors rédigé en français? Qu'il s'agisse de faire son rapport à la Couronne ou de garder mémoire de ses activités, c'est la langue anglaise qu'il aurait choisie spontanément.

Le second candidat possible est Hector Theophilus Cramahé, secrétaire personnel de Murray. Cette thèse ne tient pas longtemps non plus à l'examen puisque certaines ordonnances ont été mises de côté et sont absentes du journal. Pourquoi Cramahé aurait-il fait une sélection dans les proclamations?

Enfin on peut penser à Jean-Claude Panet, greffier proche du pouvoir anglais à Québec sous le régime militaire.

Mais notamment grâce à la comparaison d'échantillons d'écriture des trois hommes avec l'écriture de notre Journal, il est possible de confirmer qu'aucun d'eux n'est l'auteur du manuscrit :


James Murray1

Hector Theophilus Cramahé2

Jean-Claude Panet3

La personne à l'origine de cette rédaction visiblement sélective et porteuse de deux ou trois incohérences chronologiques demeure inconnue. Il pourrait fort bien s'agir d'un fonctionnaire francophone, un notaire ou un greffier, resté en place après la prise de pouvoir par les Anglais.

1. Report on the Government of Quebec and Dependencies thereof, [Rapport sur le gouvernement de Québec et ses territoires], James Murray, 1762, p.14. Bibliothèque et Archives Canada. <http://www.champlain2004.org/html/12/1229_f.html>
2. Lettre de Cramahé à [Bellecombe], Québec, 1er mai 1760. Fonds François de Lévis, Série Volume 2 - Recueil de pièces militaires, p.95. Bibliothèque et Archives Canada [Voir toute la lettre]
3. Procès en appel entre Charly, négociant de Montréal, représenté par Jean-Claude-Panet, requérant, et Guiton de Monrepos, lieutenant général, intimé, pour inscription en faux. 9 mars 1743. Bibliothèque et Archives nationales du Québec <http://pistard.banq.qc.ca/unite_chercheurs/description_fonds?p_anqsid=20081118121109695&p_classe=TL&p_fonds=4&p_centre=06M&p_numunide=866524>

Conventions de transcription utilisées

L'objectif poursuivi lors de la transcription était de permettre la recherche par mots-clés dans le texte du document. Ainsi le texte a-t-il été modernisé, sans en modifier le sens et en limitant le plus possible la dénaturation du texte. Vous pouvez donc faire des recherche de termes avec l'orthographe moderne. Pour consulter le texte retranscrit, grâce au visualisateur de document, choisir l'option "afficher => page et texte" dans le menu de navigation à la gauche de l'image d'une page du document.

Les règles de transcription qui ont été suivies sont les suivantes:

  1. Le texte est aligné à gauche, peu importe la forme originale;
  2. Les éléments du manuscrit sont isolés et présentés alignés à gauche, en ordre d'apparition (i.e. la date, le titre, le contenu du texte);
  3. La coupure des mots respecte l'usage contemporain (i.e. l'ors que = lorsque);
  4. Les accolades, tableaux et autres présentations graphiques contenues dans l'original ne sont pas représentés. Leur contenu est rapporté à gauche;
  5. Les exposants ou indices sont indiqués sur la ligne principale;
  6. Les abréviations sont résolues au long, sans indication particulière. Les abréviations de rang ne sont pas transcrites au long à cause de la forme de certaines dates et des noms des régiments.
  7. Les majuscules et minuscules correspondent à leur forme originale dans le manuscrit;
  8. Les erreurs orthographiques sont corrigées, les accords en genre et en nombre sont corrigés autant que le sens de la phrase le permet;
  9. Les terminaisons de verbes sont modernisées;
  10. L'accentuation est modernisée afin de permettre la recherche par mots-clés;
  11. La ponctuation correspond à celle proposée par le scripteur original;
  12. Les mots ou parties de mots devinés sont présentés entre crochets;
  13. Un synonyme des mots désuets est présenté entre crochets. Si un équivalent n'est pas connu, le mot est laissé intact;
  14. Les mots ou abréviations inconnus sont transcrits selon les lettres identifiées et une ou des suggestions apparaissent entre crochets;
  15. Les mots biffés sont indiqués entre crochets, précédés de la mention « raturé »;
  16. Les noms de familles des individus sont modernisés lorsque la forme actuelle est facile à identifier. Dans le cas contraire, l'orthographe utilisée par le scripteur est respectée.

Conclusion et crédits

Conclusion

Des questions restent en suspens au sujet de ce manuscrit :
· Par qui a-t-il été écrit ?
· Dans quel but ?
· À qui était-il destiné ?
· Au terme de quelles pérégrinations a-t-il abouti entre les mains du collectionneur Louis Melzack ?
· Existe-t-il un document similaire quelque part au Royaume-Uni ? Au Colonial Office par exemple ?

Autant de questions pour lesquelles nous espérons voir se dessiner un jour des réponses : avis aux historiens !

Remerciements

La réalisation de ce site a été réalisé en partie grâce à une subvention du British Council.

La Direction des bibliothèques veut remercier les professeurs Pierre Tousignant (UdeM) et Thomas Wien (UdeM) ainsi que les archivistes Lorraine Gadoury (BAC) et Patricia Kennedy (BAC) pour leur aide et les informations apportées.

Crédits

Texte de présentation: Sarah De Bogui (Bibliothèques, UdeM)

Transcription: Nathalie Villeneuve (BAC)

Photographie numérique: François Bastien

Site web: Marie-Hélène Vézina (Bibliothèques, UdeM)


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